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Une boussole, des cartes et les étoiles : un nouveau cap pour les chercheurs d’emploi



Mis à jour le: 04-02-2016

Type d'action :

  • Emploi, Formation
  • Lutte contre l'exclusion sociale
  • Accès aux droits
  • Participation des habitants

Région : Rhône-Alpes

Sur le vif :
« Ca m’a permis de sortir de chez moi, de rencontrer les autres et de les écouter. Au début j’ai foncé bille en tête… Le projet m’a permis de me canaliser et de me rendre compte que je n’étais pas prête à retravailler tout de suite. Par le biais du groupe, j’ai entrepris des démarches pour devenir bénévole à l’épicerie solidaire. En plus, on a régulièrement des nouvelles des anciens qui ont trouvé un emploi, ça aide à rester motivée.» Une participante, dans le groupe depuis mars 2015 (10 mois).

Porteur(s) de l'action :
Association Aequitaz

Objectif(s) et bref descriptif :
En partenariat avec le Conseil départemental de la Drôme, l’association Aequitaz expérimente depuis 2014 un accompagnement collectif à destination de demandeurs d’emploi et de personnes en situation de précarité. Fondée sur une approche collective et relationnelle de la recherche d’emploi, « une boussole, des cartes et les étoiles » vise à développer le pouvoir d’agir et à favoriser l’insertion professionnelle et sociale des personnes.

Origine(s) :
L’initiative naît en 2014 dans le cadre de la Coordination Locale d’Action Sociale (CLAS) du Département de la Drôme. Créée en 2012 sous l’impulsion du Vice-Président à l’Action Sociale, cette expérimentation est menée sur le territoire Drôme des Collines Royans Vercors. Elle vise alors à réunir et faire collaborer l’ensemble des acteurs locaux dans le champ social pour inventer de nouveaux modes d’action dans une logique de simplification et de développement du pouvoir d’agir des personnes.

La CLAS s’organise en groupes de travail, dont l’un se concentre sur le thème «Vivre avec ou malgré les minimas sociaux». Le groupe composé d’associations caritatives, de Pôle Emploi, de la Fédération des centres sociaux, du Conseil départemental et de quelques élus conclut alors à la nécessité de constuire une alternative à l’accompagnement traditionnel des bénéficiaires du RSA. Jusqu’alors, cet accompagnement est surtout réalisé dans le cadre des démarches contractuelles individuelles prévues par le dispositif RSA. Cependant, ce mode de prise en charge individuel et contraint est jugé insuffisant, voire source d’une perte de confiance des personnes vis-à-vis des administrations. Le groupe préconise trois axes d’amélioration : une plus grande valorisation des personnes, l’intégration d’une dimension collective et la mobilisation de réseaux.

Aequitaz, association spécialisée dans le développement du pouvoir d’agir des jeunes, est choisie comme porteur de projet. Elle met alors en place des groupes de personnes en recherche d’emploi, afin de les aider à construire leur parcours professionnel en tissant un réseau de relations et en développant collectivement des actions à mener pour atteindre leur objectif professionnel. Cette action innove ainsi par son absence de prescripteur : fondée sur la libre participation des personnes, elle vise à les rendre actrices de leur recherche d’emploi. Les participants sont par ailleurs représentés au comité de suivi de l’action qui rassemble l’ensemble des parties prenantes (les animateurs, le Conseil régional, Pôle Emploi et le Conseil départemental) et définit ses orientations.

Dès la phase de mobilisation des personnes, l’association s’oriente vers des modes d’action non conventionnels. De fait, la prise de contact par l’intermédiaire des 150 partenaires du Conseil départemental n’est pas suffisante et seule une vingtaine de participants manifestent leur intérêt. L’association se lance alors à la rencontre des personnes aux abords de Pôle Emploi et, pour dépasser la défiance des personnes vis-à-vis des administrations, leur propose de les rencontrer dans le lieu de leur choix, que ce soit le bureau d’une administration ou bien un café. Ce mode de mobilisation, s’il peut paraître artisanal, a néanmoins permis de rassembler 60 volontaires la première année et 90 la seconde.

Description détaillée :
Se déroulant sur le territoire d’expérimentation de la CLAS et sur celui de Saint-Rambert d’Albon, l’initiative s’adresse à un public large constitué de bénéficiaires des minima sociaux, de jeunes en recherche d’emploi et de personnes en reconversion professionnelle. Des ateliers thématiques réalisés en groupes d’une trentaine de personnes sont animés par un membre de l’association une demi-journée par semaine pendant 6 mois, tandis qu’un accompagnement individuel est proposé aux personnes qui le souhaitent lors de la demi-journée restante.
Le projet se structure autour de la métaphore du voyage. Lors de la première étape, les participants sont ainsi invités à définir une « étoile », soit un objectif professionnel. L’ensemble du programme vise ensuite à atteindre cette étoile en construisant collectivement des actions (rencontres de décideurs autour d’un thème) et des outils (des cartes par bassin d’emploi identifiant lieux ressources et obstacles), et une boussole indiquant les directions à prendre (la formation, l’accès aux droits et les expériences professionnalisantes…).

Redonner aux usagers les moyens de construire leur parcours professionnel avec l’appui du groupe
Le principe du programme d’ateliers est de développer collectivement des stratégies individuelles pour atteindre un objectif professionnel. Il s’agit donc en premier lieu d’animer une dynamique de groupe afin que les participants s’inscrivent dans une démarche coopérative et relationnelle qui puisse faciliter leurs recherches.
Les premiers ateliers visent à permettre aux participants de développer leur affirmation de soi par le biais du théâtre. Ces ateliers sont l’opportunité pour des personnes en difficulté de reprendre confiance en eux et de mieux appréhender leur relation avec un potentiel employeur. Dans un deuxième temps, les personnes peuvent identifier des freins à l’emploi, métaphoriquement désignés « cailloux dans la chaussure » et tenter de définir collectivement les moyens d’y remédier, les obstacles ainsi définis pouvant être de nature différente. Il s’agit alors pour le groupe de construire des solutions adaptées en identifiant le niveau pertinent d’intervention qu’il soit individuel (le manque de confiance en soi), collectif (le défaut de relations professionnelles) ou sociétal (les discriminations à l’embauche).
Tout au long de la démarche, les participants sont invités à se soutenir dans leur recherche d’emploi en partageant offres d’emploi et « bons plans » ou en proposant une aide aux déplacements ou des conseils en informatique. Des actions collectives menées en périphérie de l’emploi (organisation d’une récolte d’abricots et confection de confitures, visionnage du film « La loi du marché » et débat entre participants et spectateurs) permettent par ailleurs de consolider la dynamique de groupe.
La coopération est ainsi utilisée comme un levier de la recherche d’emploi puisqu’elle démultiplie le réseau des personnes et ouvre de nouvelles pistes de recherche. En outre, cette entraide favorise un changement dans la façon de percevoir la recherche d’emploi, souvent vécue comme une expérience solitaire, voire comme une compétition pour acquérir des places peu nombreuses.

Proposer des rencontres avec des entreprises et des décideurs qui permettent aux personnes de développer leur projet professionnel et de contribuer à l’élaboration des politiques publiques
Dans le cadre des ateliers, les différents groupes participent à des visites d’entreprises et rencontres avec des décideurs économiques et politiques.. La première année, au cours des 13 rencontres organisées, les participants ont ainsi pu visiter l’entreprise CERALEP, une coopérative de production, une ressourcerie et s’entretenir avec des agriculteurs employant des saisonniers. Ces temps d’échanges sont l’occasion pour les personnes de découvrir des métiers, nouer des contacts professionnels dans leur secteur de recherche d’emploi ou encore de confirmer leurs motivations et leurs compétences.
Par ailleurs, les rencontres impliquant institutions et élus (Maison de l’emploi, MDPH, direction des recrutements du Conseil départemental, conseillers départementaux des cantons du Nord Drôme…) sont une opportunité pour les participants de transformer les politiques et dispositifs qui leur sont dédiées. Ceux-ci peuvent alors interpeller les décideurs, faire des propositions et impulser un changement dans la conception et la mise en œuvre des dispositifs. Ces rencontres, préparées collectivement, ont ainsi favorisé la mise en place d’une permanence d’accès aux droits pour les personnes en situation de handicap sur l’un des deux territoires qui en était dépourvu. Des membres des groupes ont également pu interpeller Pôle Emploi sur la pertinence d’un système dérogatoire pour se rendre aux permanences, l’assignation à un centre se faisant sur la base des découpages territoriaux sans prendre en compte les distances réelles à parcourir par les usagers afin d’y accéder.

Une action qui remplit ses objectifs, mais qui doit se développer et se pérenniser
A l’issue de leur participation aux ateliers, 80% des participants ont déclaré avoir retrouvé confiance en eux, 65% ont pu nouer des contacts dans des secteurs où ils cherchaient un emploi, 35% ont retrouvé un emploi, même précaire, et 9% ont atteint leur objectif professionnel1. Face à ce succès, l’action est en passe d’être reconduite pour la troisième année.
Cependant, pour se pérenniser, cette expérimentation, encore artisanale et fondée sur l’implication des animateurs de l’association, doit se développer. L’association a en effet pour ambition de changer l’échelle de cette action qui touche encore peu de personnes au regard de l’importance des besoins. Pour cela, elle entend tout d’abord capitaliser l’expérience et diffuser les résultats obtenus au travers d’un livret illustré. Il s’agira ensuite de former des personnes relais dans les centres médico-sociaux afin de perpétuer et développer d’autres ateliers.

Impact(s) :

  • L’action a mobilisé 60 personnes la première année et 90 la seconde.
  • A l’issue de leur participation aux ateliers, 80% des participants ont déclaré avoir retrouvé confiance en eux, 65% ont pu nouer des contacts dans des secteurs où ils cherchaient un emploi, 35% ont retrouvé un emploi, même précaire, et 9% ont atteint leur objectif professionnel.
  • Une permanence d’accès aux droits pour les personnes en situation de handicap à été ouverte sur un des deux territoires d’expérimentation suite aux échanges avec les participants. 

Partenaire(s) :
Conseil départemental de la Drôme, Pôle Emploi, le Conseil régional de Auvergne-Rhône-Alpes, les associations locales et les acteurs économiques locaux.

Moyens :
Financiers :
35 000 € sont financés par le Conseil départemental de la Drôme
9543 € sont financés par le Conseil regional dans le cadre du Contrat territorial emploi formation (CTEF) et 3000 euros dans le cadre de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE).

Humains :
Un animateur de l’association par groupe.

Matériels :
Une salle mise à disposition par un partenaire.



1. Enquête menée à l’issue de la première année de l’expérimentation.

*Mention légale :
Le contenu de cette fiche relève de la seule responsabilité de l'Agence Apriles et ne peut en aucun cas être considéré comme reflètant la position des partenaires soutenant le projet Apriles.
Contact action : Jérôme BAR
Animateur de la démarche ( se décrit comme « Artisan de Justice sociale »)
Association Aequitaz
5, rue des Galaures
26260 MARSAZ
Tel: 06.61.88.20.76
Mail: jerome.bar@aequitaz.org

Lien internet: www.aequitaz.org/aventurescollectives/boussole/