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A Bordeaux la "Pactotec" rassemble les acteurs du territoire autour de l'observation partagée.



Mis à jour le: 16-02-2018

Contact action : >> BEAUFORT-LANCELIN Catherine : consulter sa fiche

Type d'action :

  • Gouvernance, partenariats institutionnels
  • Diagnostic partagé

Région : Aquitaine

Sur le vif :

« Le comité d’experts « Pactotec » nous permet de faire évoluer notre manière de travailler, ce qui est rafraichissant. Cela nous permet d’attaquer autrement des problématiques que nous avons déjà l’habitude de traiter, de conforter des intuitions ou de faire émerger de nouveaux sujets à creuser. » Agent de la ville de Bordeaux. 

Porteur(s) de l'action :
Ville de Bordeaux 

Objectif(s) et bref descriptif :

Afin d’améliorer la coordination et l’interprétation de la connaissance produite sur le territoire et de favoriser l’appropriation de cette connaissance par l’ensemble des acteurs locaux, la Ville de Bordeaux a créé en décembre 2015 un comité d’experts (appelé « Pactotec ») rassemblant de nombreux services municipaux et leurs partenaires. En s’appuyant sur l’observation partagée et la production d’études ciblées sur des quartiers bordelais, le comité d’experts « Pactotec » contribue au renforcement de la connaissance du territoire et à la diffusion d’une culture de l’observation partagée à tous les niveaux des institutions. 
 
 
Cette action a été repérée et expertisée dans le cadre de l'action recherche « Villes et vivre ensemble – La gouvernance locale de la cohésion sociale », menée par l'Odas en partenariat avec le CGET.     

Origine(s) :

En 2015, la Ville de Bordeaux a mené un travail important de diagnostic participatif, qui a abouti sur l’élaboration de son Pacte de Cohésion Sociale et Territoriale1. Construit sur une base partenariale, décliné sur chacun des huit quartiers bordelais, il se structure en cinq axes transversaux :

• Axe 1 : S’insérer économiquement, être citoyen actif
• Axe 2 : Habiter la ville, partager la vie
• Axe 3 : Éducation, culture et savoirs
• Axe 4 : Bien-être, santé, environnement préservé
• Axe 5 : Tranquillité publique et prévention, lutte contre les discriminations

Pour animer ce Pacte, la Ville de Bordeaux s’est dotée d’un ensemble d’outils de gouvernance, d’observation, d’analyse et d’évaluation : la « Pactotec ».

Dimension importante du Pacte, l’observation du territoire s’appuie en interne sur des données diverses, principalement issues de l’analyse des besoins sociaux (qui présente des données statistiques relatives à chaque quartier). D’autres modalités d’observation sont également mobilisées, à l’instar des « diagnostics en marchant » (recueil de la parole des habitants et des professionnels de terrain lors de déambulations sur des parcours précis quant à leur vécu du territoire2).

Si ces outils d’observation constituent une ressource précieuse, les agents et les élus de la ville rencontrent parfois des difficultés à s’emparer pleinement des données disponibles pour éclairer l’action portée sur le territoire. De plus, les nombreuses données produites par les services municipaux et leurs partenaires ne répondent généralement pas à une démarche coordonnée et leur visibilité dépasse rarement le service qui les a produites, y compris au sein d’une même institution.

Pour surmonter ces deux écueils, la Ville de Bordeaux propose la création d’une instance d’échange entre partenaires et services producteurs de connaissance, permettant à la fois de mieux diffuser les données ou études existantes et de les analyser collectivement.

Un petit groupe d’agents impliqués dans l’analyse des besoins sociaux (démographe, chargés de mission) se réunit alors en interne pour définir les objectifs, les modalités de fonctionnements et les besoins de la future instance. En parallèle, la Ville cherche à s’inspirer d’expériences d’analyses des besoins sociaux « renforcées », à l’instar du « Nantoscope des besoins sociaux » développé à Nantes. L’ambition bordelaise se rapproche également d’espaces d’observation partagés existant dans d’autres villes, à l’instar de l’APRAS à Rennes3. En décembre 2015, le comité d’experts « Pactotec », rassemblant des professionnels issus des différentes institutions partenaires du territoire, est lancé.

Description détaillée :


Une instance pluripartenariale d’observation partagée
Le comité d’experts « Pactotec » répond à deux objectifs majeurs :
- améliorer la coordination et l’interprétation de la connaissance produite sur le territoire ;
- favoriser l’appropriation de cette connaissance par l’ensemble des acteurs locaux (élus, services municipaux, partenaires, habitants).

Ses missions reposent sur quatre fondamentaux :
- la mobilisation et l’échange de données qualitatives et quantitatives entre partenaires,
- la conduite d’une analyse partagée de ces données,
- la formulation de préconisations,
- le partage des informations et de la communication autour de ces préconisations.

Animé par la mission ingénierie sociale de la Direction Générale des Solidarités et de la Citoyenneté de la Ville de Bordeaux, il est co-piloté par l’Adjointe au maire en charge de la cohésion sociale et territoriale et par l’Adjoint au maire en charge de la santé et des seniors.

Le comité d’experts « Pactotec » se réunit tous les trimestres. Il est composé de trois collèges : élus et agents municipaux (direction générale des solidarités et de la citoyenneté, direction du développement social urbain, démographe / DACI, centre communal d’action sociale), partenaires institutionnels de la ville (Préfecture, DRDJSCS, Département, Caisse d’allocations familiales, Pôle Emploi, Maison de l’Emploi), experts du territoire ou d’un champ d’investigation spécifique (chercheurs universitaires ou agence d’urbanisme par exemple).

Réunir des partenaires issus de culture différentes autour de la table et les inviter à partager leurs analyses est un mode de fonctionnement nouveau à l’échelle locale. Il s’inscrit dans une volonté de partager davantage les éléments de connaissance produits sur le territoire mais implique que l’ensemble des parties prenantes puissent s’approprier le sens et le fonctionnement d’une telle instance. A cette fin, une charte est élaborée et adoptée en avril 2016.

En parallèle des travaux menés par le comité d’experts, un chargé de mission, responsable notamment de l’analyse des besoins sociaux, mobilise et coordonne les données transmises par les services et leurs partenaires, que celles-ci soient publiques ou mises à disposition par le biais de conventions bilatérales.

Un fonctionnement par projets
Lieu de coordination et de valorisation de la connaissance produite sur le territoire, le comité d’experts a vocation à intervenir en complément et non en substitut aux outils d’observation de chaque partenaire. Aussi, une de ses missions centrales est également d’identifier des besoins précis en observation du territoire. A cet effet, un programme de travail définissant quelques champs d’investigation prioritaire est adopté chaque année.

En complétement des études déjà réalisées par chacun des partenaires, les travaux engagés par le comité d’experts privilégient des sujets ciblés. En 2017, deux axes de recherche prioritaires sont définis en combinant des entrées territoriale (quartier), thématique et par public. Une première étude s’intéresse à l’autonomie des seniors au sein du grand quartier Caudéran (44 000 habitants). Une seconde concerne la mobilité de la jeunesse au sein du quartier en politique de la ville des Aubiers. Ces deux micro-études ont recours, dans leurs réalisations, à des méthodologies différentes. Confiée au master 1 « problème sociaux et politiques urbaines » de la faculté de sociologie de l’Université de Bordeaux, l’étude menée sur la Jeunesse aux Aubiers s’appuie essentiellement sur des méthodologies qualitatives (entretiens individuels ou collectifs, observation et rencontre sur le lieu de vie). Elle repose sur la compilation des mémoires de recherche des étudiants de la promotion, ayant chacun appréhendé sous un angle propre l’enjeu de la mobilité des jeunes du quartier. Portée par l’agence d’urbanisme de Bordeaux (A’Urba), l’étude relative à l’autonomie des seniors sur le quartier Caudéran mobilise essentiellement des données statistiques territorialisées.

A titre d’exemple, la micro-étude relative à la mobilité de la jeunesse des Aubiers s’est déroulée de janvier à juin 2017. La mobilité a été comprise par les étudiants selon une définition large, englobant la mobilité physique mais également le parcours de vie, ainsi que l’évolution des opinions et des valeurs des jeunes. Plus précisément, la synthèse des travaux s’interroge sur les différents niveaux d’appartenance des jeunes et sur les univers dont ils tirent des ressources pour construire leur identité et s’insérer socialement. S’intéressant à trois sphères d’appartenances (International, commune, quartier), l’étude met en lumière les rapports complexes et variés qu’entretiennent les jeunes avec leur quartier et le reste de la ville, ainsi que le rôle de l’école et des structures locales dans leur parcours de vie et leur sentiment d’intégration. En outre, l’étude permet de faire émerger des différences d’intégration, de capacité à se projeter hors du quartier et de représentations entre les hommes et les femmes, ainsi qu’entre les habitants résidant depuis longtemps dans le quartier et les nouveaux arrivants. Bien que la question du sentiment d’appartenance des jeunes à un quartier et à une commune ne soit pas un sujet totalement nouveau sur un plan théorique, l’approche micro-locale et qualitative permet aux acteurs locaux d’identifier des points d’amélioration de l’action menée sur le quartier (voir infra).

Le développement d’une culture de l’observation à tous les étages
S’il est encore trop tôt pour identifier les impacts opérationnels des deux micros-études portées par le comité d’experts en 2017, les effets du comité d’experts sur la diffusion d’une culture de l’observation partagée et la transformation des pratiques sont en revanche plus perceptibles.

Tout d’abord, le comité d’experts permet de faire connaître et d’expliciter des travaux d’observation jusqu’alors peu diffusés. Ainsi, les temps de rencontre associent des présentations d’études ou de diagnostics réalisés sur le territoire à des temps d’échanges plus informels sur les besoins et les ressources en observation du territoire. En 2017, une visite de quartier accompagnée d’une présentation de plusieurs structures est également organisée dans le cadre du comité d’experts. Par conséquent, le comité d’experts contribue à construire un socle de repères communs. De plus, la variété de sujets et d’approches mobilisés dans le cadre des études portées en 2017 contribue à sensibiliser des élus et des partenaires quant à la plus-value de l’observation. Les échanges menés en comité d’experts « Pactotec » ont également conduit certaines institutions, comme le Département, à ajuster la présentation de certaines données pour proposer une visualisation à une échelle micro-locale (échelle IRIS Insee, permettant une géolocalisation des données par ilot de 2000 habitants) de données jusqu’alors uniquement accessibles à l’échelle cantonales.

Ensuite, les productions et informations échangées en comité d’experts sont aujourd’hui diffusées plus largement, permettant de nourrir d’autres instances ou démarches (analyse des besoins sociaux, diagnostic relatif à la convention territoriale globale engagée avec la CAF, etc.). L’appropriation par les agents de terrain de la connaissance produite en comité d’experts représente à cet égard un enjeu fort. Ainsi, l’étude menée sur le vieillissement à Caudéran a pu être restituée et discutée avec l’ensemble des acteurs présents sur le quartier en novembre 2017. De même, l’étude menée en 2017 sur la jeunesse des Aubiers devrait être présentée et débattue avec les jeunes et les acteurs du quartier en 2018.

La précision des sujets retenus permet de développer une connaissance fine des besoins des populations, de déconstruire des représentations parfois erronées, de confirmer certains ressentis ou encore d’analyser l’action locale sous un angle nouveau. En ce sens, les échanges qui ont lieu au sein du comité d’experts créent une dynamique favorable au renforcement de la coopération entre acteurs et entre services municipaux. Par exemple, la mise en exergue par les jeunes de l’hétérogénéité du traitement du fait religieux par les pouvoirs publics ou les associations dans le quartier des Aubiers, qui conduit parfois à des discriminations, a interpelé les partenaires présents sur la nécessité d’harmoniser leurs pratiques et celles des opérateurs qu’ils financent. Ce renforcement de la dynamique de coopération entre acteurs du territoire est d’autant plus fort dans les quartiers non situés en politique de la ville, moins acculturés aux démarches d’observation partagées.

Impact(s) :

• Renforcement du lien entre l’observation et l’action, en garantissant une interprétation plus juste des résultats des études produites.
• Renforcement du partage des données qualitatives et quantitatives produites sur le territoire, ainsi que de la coordination des études produites par chaque partenaire.
• Renforcement de la connaissance des besoins et des ressources du territoire en matière d’observation.
• Développement d’une culture partagée de l’observation et transmission de cette culture. 

Partenaire(s) :

Préfecture, Direction régionale et départementale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRDJSCS), conseil départemental de Gironde, Unité territoriale de Bordeaux de la Caisse d’allocations familiales de Gironde, Pôle Emploi, Préfecture/Politique de la Ville, Université/Département de sociologie. 

Moyens :


Humains : La mise en place du comité d’expert a nécessité la mobilisation d’une chargée de mission à temps plein. En 2017, plusieurs chargés de mission sont mobilisés pour une partie de leur temps sur le fonctionnement le comité d’experts :
• La directrice générale adjointe assure la direction du projet
• Une chargée de mission/cheffe de projet est mobilisée sur le pilotage et l’animation du comité d’expert
• Un chargé de mission analyse des besoins sociaux est mobilisé sur la centralisation et le traitement des données des services municipaux et partenaires, notamment dans le cadre de l’analyse des besoins sociaux.
• Une démographe municipale est également ponctuellement sollicitée.
Par ailleurs, l’élaboration de la micro-étude relative aux Aubiers s’est appuyée sur une stagiaire en master 2 de l’université de Bordeaux pendant 6 mois.

Financiers : Le comité d’experts dispose d’un budget de 15 000 €, financé par la Ville de Bordeaux et consacré aux frais imputables aux études et aux événements organisés.

Matériels : Mise à disposition d’une salle par la Ville de Bordeaux pour les réunions du comité d’experts.

*Mention légale :
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