Imprimer

Le Champ Commun cultive le collectif



Mis à jour le: 26-09-2016

Type d'action :

  • Culture, Sport
  • Développement local rural
  • Liens intergénérationnels
  • Accessibilité, Mobilité
  • Vie des séniors
  • Participation des habitants
  • Bénévolat

Région : Bretagne

Sur le vif :
« On avait envie avant tout de créer un lieu où les gens du village se rencontrent », le co-gérant du Champ Commun 

Porteur(s) de l'action :
Coopérative Le Champ Commun 

Objectif(s) et bref descriptif :
Afin de participer à la redynamisation de leur commune, de créer un lieu de rencontre pour les habitants, mais aussi de se placer en alternative face au modèle de distribution et de consommation dominant, une coopérative d’habitants lance le « Champ Commun » en 2010 à Augan dans le Morbihan. A la fois bar, épicerie, café, lieu de rencontre pour les associations locales, mais aussi brasserie artisanale…, ce lieu multi-services que font vivre les habitants s’affirme comme central dans la vie culturelle, économique et sociale du village. Pleinement intégrée au tissu associatif et construite avec le souci de ne pas concurrencer les commerces locaux existants, cette coopérative qui s’illustre par son fonctionnement collaboratif œuvre à une large mixité des publics et à dynamiser le vivre ensemble sur le territoire.

Origine(s) :
Au cœur du Morbihan, le village d’Augan souffre de la désertification, à l’image de nombreuses communes rurales de France. Ses 1500 habitants n’ont d’autre choix que de parcourir plusieurs kilomètres en voiture pour trouver un supermarché où faire leurs courses. Pourtant, la commune n’est pas à l’abandon, loin s’en faut : on y trouve quelques commerces – une boulangerie, un restaurant ouvrier, une coiffeuse, une épicerie itinérante mais surtout pas moins de 40 associations qui entretiennent le lien social. C’est sur ce terreau favorable qu’est fondée la coopérative du Champ Commun.

A l’origine en 2009, 64 personnes, pour la plupart Auganaises issues de tous milieux sociaux, se réunissent autour d’un même constat. Le « zonage » se développe fortement en Bretagne : on trouve des zones industrielles où les gens travaillent, des zones commerciales où les gens achètent, et des cités dortoirs, où ils dorment. Dans les campagnes, avec la disparition des petits commerces qui constituaient des espaces de socialisation importants, les lieux de rencontres et d’échanges se font rares. Ensemble, ils décident alors de créer un lieu de rencontre qui offre une alternative au capitalisme marchand tout en créant de l’emploi et en répondant aux besoins locaux.

Motivés par leur volonté d’une gouvernance démocratique et participative, où chacun des acteurs du projet puisse avoir voix au chapitre, ils optent pour une organisation en coopérative plutôt que pour une association. Le Champ Commun est en effet un projet politique avant tout, porté par des valeurs telles que la convivialité, l’ouverture et la prééminence de la personne humaine. Face à la concentration et à la standardisation des espaces de vie, de production, de distribution, de loisir, etc, ils entendent se poser en alternative pérenne par la création d’une activité économique intégrée dans son environnement et moteur de développement social.

La coopérative est fondée en décembre 2009. Déjà, l’idée d’un lieu de sociabilité rassemblant un bar, une épicerie à la fois bio et conventionnelle, une brasserie et l’organisation d’évènements culturels est envisagée. Lorsque la coopérative voit le jour, les premiers associés créent en parallèle une Société civile immobilière pour acquérir un local destiné aux différentes activités. Ils diffusent un appel à soutien. Toute personne intéressée par le projet peut ainsi devenir copropriétaire de l’entreprise coopérative en prenant une part sociale. Cela permet de réunir 75 000 euros. Le 29 janvier 2010, grâce à ces fonds et à une subvention de 8000 € (attribuée par le département à la reprise ou la création d’un commerce), ils rachètent un ancien bar-magasin d’électroménager. L’activité de bar est transférée dans un bâtiment attenant tandis que l’on aménage ce qui deviendra l’épicerie et le bar définitif, via des chantiers participatifs ouverts et orchestrés par une équipe permanente expérimentée dans les métiers du bâtiment. L’investissement en temps constitue ainsi une autre manière de s’associer au projet collectif.
Après six mois de travaux collaboratifs, en juillet 2010, l’épicerie ouvre ses locaux au public, puis ce sera le tour de la brasserie et enfin l’installation dans le bar définitif en mai 2013. 

>Lire l’interview Apriles de Mathieu Bostyn, co-gérant du Champ Commun : « Il est possible d’allier rentabilité financière et rentabilité sociale »



Description détaillée :
De nombreuses activités se déploient au Champ Commun, au premier rang desquelles l'épicerie : « Le Garde-Manger ». L'équipe souhaite y soutenir la production paysanne locale et promouvoir une autre manière de consommer et y proposent donc des produits issus de l'agriculture biologique et des denrées produites localement. Cependant, l'épicerie se veut ouverte à tous les habitants afin de favoriser la mixité sociale, elle propose donc également des produits conventionnels. Ouverte tous les jours - sauf le jeudi - de 8 à 20h (dimanche 9h00 - 13h00), elle attire une clientèle variée, composée d'habitants du village comme des alentours.
Le bar, quant à lui, propose une programmation avec plusieurs concerts et activités culturelles chaque semaine. L'ensemble fait également office de relais postal) et dispose d'une brasserie artisanale.

Un fonctionnement coopératif et démocratique
Le fonctionnement de cette entreprise se distingue par son aspect très participatif. Elle s'est en effet dotée, en avril 2012, du statut de SCIC - société coopérative d'intérêt collectif - qui permet l'association de toutes les personnes qui participent à l'activité de la coopérative. Parmi ses 156 associés (en 2015), au sein lesquels on compte de 60 à 70% d'Auganais, figurent donc les membres fondateurs, les employés, des usagers/clients, des fournisseurs, les bénévoles, les associations partenaires et les riverains. La SCIC a ceci de particulier qu'elle privilégie autant l'utilité sociale de son activité que ses résultats économiques, selon le principe de la lucrativité limitée. En effet, l'équipe du Champ Commun souhaite et mobilise ses efforts pour que son activité soit aussi rentable que possible. Mais les bénéfices ne sont pas affectés à la rémunération du capital, les choix privilégient la pérennisation de l'entreprise, l'amélioration des conditions de travail et de rémunération des salariés, les investissements et l'amélioration de l'outil de travail, etc.
Pour ce faire, et pour garantir le fonctionnement démocratique de la coopérative, un complexe système de prise de décision a été mis en place. Les grandes orientations et décisions importantes sont décidées en assemblée générale, où chaque associé, quelle que soit sa participation financière, dispose d'une voix selon le principe un homme égal une voix. Ces AGs se réunissent une fois par an pendant deux jours, parfois plus souvent lorsque les membres sont invités à réfléchir sur des thématiques précises. Au quotidien, c'est la quinzaine de « permanents » qui se réunit toutes les deux semaines, pour gérer les affaires courantes. Ces derniers sont les salariés du Champ Commun (6 ETP) ainsi que ceux des associations qui lui sont liées : Localidées qui accompagne des projets de développement local, l'Air de rien pour l'animation et la programmation culturelle du bar, la radio locale Timbre FM et le Galais, la monnaie locale (l'équipement et les bureaux sont mutualisés).
Par ailleurs, le Champ Commun compte six commissions statutaires. Elles correspondent aux catégories d'associés qui sont exigées par la loi et se réfèrent aux activités de la coopérative : épicerie, bar café-concert, brasserie, auberge, chantier et vie coopérative qui est plus transversale. Issus de l'ensemble des associés, les membres de ces commissions le deviennent par volontariat. Ainsi, l'ensemble des responsabilités est partagé par le collectif, comme la programmation culturelle du bar ou encore le lien avec les producteurs locaux pour alimenter les rayons de l'épicerie.
Il arrive, entre deux assemblées générales, que les permanents souhaitent avoir un arbitrage ou pensent que l'enjeu financier est trop important pour leur niveau. ils recourent alors au comité de soutien à la gérance (sorte de Conseil d'Administration, qui rassemble les co-gérants et un représentant de chaque commission). Cette instance de réflexion et d'arbitrage se réunit environ tous les quinze jours.
Nécessaires au respect des valeurs de la coopérative, l'ensemble de ces concertations tendent vers davantage de démocratie.
Par ailleurs, les associés vont jusqu'à s'engager physiquement et bénévolement dans le fonctionnement de la coopérative : certains ont pu relayer des employés à l'épicerie ou leur prêter main forte lors de concerts importants par exemple. Ils participent également aux chantiers participatifs ayant permis d'aménager les locaux ou de créer une salle d'activité destinée à accueillir des formations en ESS.

Une coopérative intégrée dans la vie du territoire
Porté par un engagement solide de la part de ses membres, la coopérative a su intégrer et tisser des partenariats avec les multiples associations d'Augan, qui s'officialisent au travers de conventions et de partenariats, dont la fourniture de produits et services à tarif privilégié. Elle accueille dans ses locaux plusieurs associations qui sont associées à la coopérative : la radio locale Timbre'FM, la monnaie locale le Galais, l'Air de rien qui s'occupe notamment de l'animation culturelle et Localidées qui accompagne des projets de développement local. Le Champ Commun travaille également avec le festival de l'accordéon ou les noces bretonnes, qui ont lieu chaque année à Augan, et plusieurs associations utilisent son bar comme un point de rendez-vous pour leurs activités : l'association Polen, qui propose des débats, l'Atelier de Louise et Sandrine, qui propose des initiations à la couture, la radio qui organise des soirées animées, le Brocéliande Back Gammon club pour des soirées jeux etc. Par ailleurs, un partenariat a été forgé avec la Clinique des Augustines de Malestroit : un café mémoire regroupant environ 60 personnes âgées est organisé au bar du Champ Commun tous les premiers lundis du mois, dans la cadre de l'action de prévention contre certaines maladies - Parkinson, Alzheimer - menée par cet hôpital gériatrique. En outre, d'octobre à avril, un tournoi de belote se tient toutes les semaines, encore à destination des séniors.
Le Champ commun devient ainsi un lieu de passage de publics très divers, ce qui parvient à générer du dialogue et des liens entre des personnes qui ne se seraient pas forcément rencontrées auparavant. Ainsi, outre les membres des différentes associations, de nombreux habitants de tous milieux sociaux y viennent volontiers, à l'image des chasseurs ou des fidèles qui sortent de la messe, en dépit des aprioris que l'installation de l'établissement avait soulevés au départ. Cependant, certains préjugés restent vivaces chez quelques-uns, et ce en dépit de l'œcuménisme et de l'ouverture affichés par la coopérative.

La création de l'épicerie a pourtant été réfléchie de manière à ne pas concurrencer les commerçants locaux. Du pain conventionnel n'est vendu que le jour de la fermeture de la boulangerie et sur la demande de la clientèle. Les tarifs sont décidés en accord avec certains des fournisseurs locaux. Ces engagements, aux antipodes de ceux pratiqués par les grandes surfaces, se caractérisent également par la proximité du « Garde-Manger » avec les consommateurs. Situé au cœur du village, il permet à des personnes âgées de rester à domicile en faisant leurs courses elles-mêmes. De plus, certaines habitudes des consommateurs ont pu évoluer vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement, l'achat d'aliments en vrac, par exemple. Enfin, le Champ Commun entend favoriser la consommation de produits locaux, grâce à des relations entretenues avec une soixantaine de producteurs de la région. Certains d'entre eux sont d'ailleurs membres associés de la coopérative. Des « fiches producteurs » sont mises à disposition des consommateurs où leur sont décrites l'exploitation et les méthodes employées pour leurs produits.

Allier rentabilité financière et rentabilité sociale
Fidèles à l'esprit de l'économie sociale solidaire, ce que souhaitent avant tout prouver les associés du Champ Commun, c'est qu'il est possible d'allier rentabilité financière et rentabilité sociale. Et leur approche a fait ses preuves puisque les différentes activités de la coopérative permettent l'emploi de six personnes à temps complet et ont généré 678 000 euros de chiffre d'affaires en 2015.
Fort de ce succès, la coopérative espère d'ailleurs pouvoir ouvrir une auberge en 2017. Une subvention de 100 000 € dans le cadre d'un appel à projets pour l' « innovation touristique en Bretagne intérieure » lui a été attribuée par la Région Bretagne, tandis qu'une levée de fond via la plateforme de financement participatif Ulule a été réalisée à cet effet.

Mais ce n'est pas tout. Cet acteur majeur de la vie associative et culturelle locale œuvre par ailleurs à diffuser largement l'esprit de l'Economie Sociale et Solidaire dont il est devenu l'un des fers de lance dans la région, et plus largement encore. Il est à l'initiative, en 2012, de la rencontre des acteurs de l'ESS du territoire qui a amené à la création de ESS'entiel Ploërmel, préfiguration d'un pôle de développement de l'ESS sur le pays de Ploërmel. Cette dynamique est coordonnée par l'association Localidées qui a été créée en même temps que la coopérative pour accompagner et diffuser son expérience. Elle organise ainsi, chaque mois dans le bar du Champ Commun et en collaboration avec Timbre'FM, les « Blablas de l'ESS », discussions-débats gratuites et ouvertes à tous, au cours desquelles sont évoqués des sujets aussi divers que la marchandisation du vivant ou bien le commerce participatif. Ces rencontres sont enregistrées et ensuite retransmises sur les ondes. Par ailleurs Localidées prend en charge l'essaimage de l'expérience du Champ Commun car la coopérative est très sollicitée. Plus de cent porteurs de projets ont ainsi été accueillis en 2015 et des accompagnements plus approfondis ont été réalisés, notamment pour des communes ou des groupes citoyens souhaitant adapter l'expérience sur leur territoire. Plusieurs projets de ce type sont en effet en création en Bretagne, en France et en Europe. Une offre de formation est proposée pour 2017, en partenariat avec la SCOP Le Contrepied (issu de la SCOP Le Pavé), spécialisée dans l'éducation populaire.
Le Champ Commun fait également partie du réseau national REPAS (réseau d'échange et de pratiques alternatives et solidaires), qui regroupe des structures pratiquant l'autogestion et qui développe chaque année une formation innovante sous forme de compagnonnage solidaire.


Le Champ Commun, ensemble on va plus loin (2012) par brocprod

Impact(s) :

  • Le Champ Commun participe à la dynamisation de la vie sociale et associative de la commune, à la mixité des publics et contribue à favoriser l'économie locale et les circuits courts.
  • La coopérative privilégie autant l'utilité sociale de son activité que ses résultats économiques.
  • Six emplois à temps plein créés directement par la coopérative et 8 portés par les associations associées.
  • Le Champ Commun contribue, grâce à ses services de proximité, au maintien de l'autonomie des personnes âgées du village
  • Dispense de conseils et de formations en Economie Sociale et Solidaire, développement local et commerce participatif de proximité.
 

Partenaire(s) :

Partenaires financiers : la région Bretagne, le Conseil général du Morbihan, l’Union Européenne, Bretagne Active, la NEF, le Crédit Coopératif.

Autres partenaires : le Réseau REPAS, ESS’entiel Ploërmel, le réseau Bruded, la SCOP Le Contre Pied
 

Moyens :

Financiers :

A l’origine : Mise en fond de 75 000 euros, ainsi que 8 000 euros de subvention du CG du Morbihan pour le lancement.
En 2015, 678 000 euros de chiffre d’affaires ont été dégagés.

Humains :
Une coopérative d’une soixantaine d’adhérents à son lancement en 2010. Ils sont 156 en 2016, en comptant six ETP salariés.



Crédits photo :
Jérémie Marchaut pour celle de l'épicerie. 
Fabrice Picard pour celle du bar.


*Mention légale :
Le contenu de cette fiche relève de la seule responsabilité de l'Agence Apriles et ne peut en aucun cas être considéré comme reflètant la position des partenaires soutenant le projet Apriles.
Contact action : Madelaine HENRY-GEORGE
Coordinateur de l’association, co-gérant de la coopérative
Association Localidées
1 rue du Clos Bily
56800 Augan
Tel: 02 97 93 48 51
Mail: localidees@gmail.com

Lien internet: lechampcommun.fr/