Marie-Jo Fillere: « Le vivre-ensemble, c’est notre projet de territoire ».
Marie-Jo Fillere est chargée de mission développement social territorial et vivre ensemble à la direction générale adjointe des solidarités et du vivre ensemble au Conseil général de l’Allier. Elle est à ce titre la cheville ouvrière d’une vaste démarche de réflexion et d’actions impulsées par le Département visant à renforcer le lien social sur l’ensemble de son territoire. Explications.




Apriles: Le Conseil général de l’Allier semble particulièrement mobilisé en faveur du vivre ensemble. Quels éléments président à cette forte orientation politique?
Marie-Jo Fillere: La précarité économique s’étend alors que la crise du lien s’intensifie. De nouveaux publics se présentent dans les services.Les réponses traditionnelles méritent aujourd’hui d’être complétées,mais le budget de l’institution n’est pas extensible. C’est dans ce contexte particulierque la collectivité a décidé de se mobiliser, avec l’ensemble de ses partenaires, autour de l’objectif du renforcement du lien social. Dans l’Allier, le vivre ensemble a une définition : c’est croire collectivement en la capacité des uns et des autres à dépasser les clivages, à mutualiser idées, moyens, projets dans le but d’agir collectivement pour une transformation sociale, et redonner de l'espoir là où les réponses traditionnelles ont atteint leurs limites. C’est, en soit, un projet de territoire.

Apriles : En quoi consiste cette mobilisation ?
M-J.F: C’est une démarche globale qui incite l’ensemble des acteurs à se poser et à réfléchir collectivement aux enjeux du vivre ensemble. Elle dépasse la seule sphère des services sociaux pour s’adresser à l’ensemble des habitants du territoire. Dès lors la dynamique prend plusieurs formes. Au sein de l’institution départementale d’abord, il est question de mieux travailler ensemble, toutes directions confondues. Nous avons proposé des formations au développement social local, ce qui implique un travail en plus grande transversalité, et la mise en commun des savoir-faire. Il s’agit d’encourager et soutenir le décloisonnement des directions, de sorte que chaque agent, qu’il soit issu du social, de la culture, de l’aménagement du territoire ou du domaine des routes se mette en mouvement au service du même projet. Nous organisons également  des temps communs  de rencontres. Au début du mois d’avril, un séminaire sur la thématique du vivre ensemble a rassemblé élus et cadres autour de 4 ateliers thématiques. De nombreuses propositions y ont été faites comme la mise en place de revues de projets rassemblant les agents intervenant sur un même territoire pour sensibiliser l’ensemble du personnel sur la question et du mieux travailler ensemble et donc, du vivre ensemble…
 
Apriles: Et en externe, comment se déploie la démarche ?
M-J.F : En 2008, le Département a impulsé à Moulins le village de la fraternité. Initié avec le Collectif Fraternité qui a accompagné la démarche, l’initiative a été portée par une régie de quartier et une résidence sociale. Il  s’appuie sur le tissu associatif local. Tous les ans, pendant plusieurs jours en mai, se succèdent des dizaines d’animations : spectacles, expositions, ateliers, sorties culturelles… Le travail d’organisation s’élabore avec les habitants bien en amont de la manifestation. Cette dernière invite au changement de regard sur le vieillissement, et le handicap. D’autres actions ont été réalisées comme la mise en place d’un comité du mieux vivre ensemble à Cusset.
Apriles : Et sur le reste du Département ?
M-J.F: Depuis 2010, Jean-Paul Dufrègne, président du Conseil général porte  une dynamique forte qui a vocation à se déployer sur l’ensemble du territoire autour de la thématique générale des «nouvelles ruralités».  Cette notion englobe évidemment la question du vivre ensemble. En janvier 2011, le Conseil général de l’Allier a été le premier Département à organiser des ateliers nationaux du vivre-ensemble et de la fraternité en partenariat avec l’Observatoire national de l’action sociale décentralisée (Odas). Une journée d’ateliers thématiques et de tables rondes qui a fédéré les acteurs locaux autour de la réflexion et de l’expérimentation en faveur du vivre-ensemble. Objectifs: encourager les actions créatrices de lien, favoriser la construction d’une véritable politique de vivre-ensemble et généraliser la démarche sur tout le territoire.
 
Apriles : De quelle façon?
M-J.F: En  prolongement de son action en faveur de la fraternité le Conseil général a constitué le 15 novembre 2011 le premier Comité départemental du vivre ensemble. Un espace de réflexion collective présidé par le président du Conseil général qui rassemble élus et techniciens de l’institution, mais aussi élus locaux, structures partenaires et habitants. Il propose de définir de grandes orientations départementales en matière de vivre ensemble en s'appuyant sur l’expérience de tous. Il s’agit aussi de susciter le développement  d’actions favorisant l’implication des habitants. Enfin, ce comité propose de prendre le temps, collectivement, de croiser les regards, d’enrichir nos différences en partageant des concepts, des envies, des convictions, des projets.

APRILES: Comment ce comité s’enracine-t-il localement ?
M-J.F: le Conseil général dédie une enveloppe financière pour encourager et soutenir les projets relevant d’une démarche de développement social local. Au delà de mon poste, trois autres chargés de mission répartis sur le territoire accompagnent et fédèrent les professionnels en interne et les partenaires sur cette thématique. Enfin, le comité départemental s’appuie sur trois comités locaux implantés sur chaque bassin de vie. Ces comités se sont réunis pour la première fois en avril. Ils sont eux aussi composés de représentants d’habitants, d'élus, d’associations, d'institutions intervenant sur le territoire de référence. Ils visent à favoriser l’échange de pratiques, les rencontres inédites, et l’émergence d’actions fédératrices comme « la boutique des décidées » (voir fiche Apriles), valorisée par Apriles.  Ils travaillent actuellement sur l’organisation d’ateliers locaux du vivre-ensemble qui se tiendront le premier trimestre 2013. Plus globalement, nous avons aussi un espace dédié sur le site Internet de l’institution qui favorise les échanges d’expériences et valorise les initiatives.