Alain Arrouët : "Attention Lisieux !"
 Responsable de l’action sociale territorialisée de la Caf du Calvados

>> Tout jeune déjà, Alain Arrouët voulait se rendre utile. Une ambition qui a guidé l'ensemble de sa carrière: des écoles du Congo Brazzaville aux quartiers de Lisieux, son parcours et son engagement en font un acteur DSL de premier plan. Alain Arrouët est responsable de l’action sociale territorialisée de la Caf du Calvados. Un titre trop pompeux à son goût. Lui préfère se présenter comme responsable des 13 centres sociaux gérés par la caisse en partenariat avec les villes du département. "C’est plus simple et plus clair" explique-t-il. Et puis, à tout prendre, il préfèrerait qu’Apriles dresse le portrait d’un autre de ses collègues, un directeur de centre par exemple. C’est peu dire qu’Alain Arrouët n’aime pas se mettre en avant. Une humilité qui lui vient de ses origines bretonnes et de son éducation religieuse.

Comme tous les Bretons...
Lorsqu’il est enfant et jeune homme, Alain est catholique, "comme tous les bretons". Et c’est dans ce ferment spirituel que s’épanouit, très jeune, son envie "d’être utile et de rendre service". Dès lors, il n’est pas étonnant qu’il commence sa carrière au Congo Brazzaville, où il passe deux ans en tant que coopérant au début des années 70. De retour d’Afrique, "avec des souvenirs extraordinaires", c’est dans le social qu’il s’oriente, naturellement. Un temps attiré par le métier d’éducateur spécialisé, il s’en détourne rapidement car il ne veut pas "travailler auprès d’un public captif à l’âge trop ciblé".
68 n’est pas loin et Alain voit dans le métier d’animateur socioculturel une belle façon d’être proche des gens tout en faisant bouger les choses : "dans le canton, la ville, le quartier… Dans le vrai monde quoi". Empirique et constituée de nombreux stages, la formation lui plait. Il s'imprègne des écrits de Saul Alinsky1. C'est peu après l’obtention de son diplôme, à Lisieux, en rejoignant l'équipement socioculturel Caf du quartier d’Hauteville, que le jeune animateur trouve son terrain.

Face à la crise
Nous sommes en 1977, la crise dont tout le monde parle n'est pas encore arrivée en Normandie. "C'est l'époque où les chômeurs sont si peu nombreux que L'ANPE les connait tous par leur prénom", se souvient Alain. Lui, et son équipe proposent et impulsent des activités éducatives sur le quartier, "mais on était dans le registre du loisir ». En 1984, la crise s'installe, les grandes industries du coin dégraissent et des charrettes de licenciés frappent à la porte du centre. "C'est là que les problèmes sociaux se font jours. Le type qui pointait tous les jours à l'usine, on ne savait pas qu'il était illettré... "

Laboratoire du DSL
Proposer des activités de loisir ne suffit plus. "Dépossédés de leur emploi, les pères et les mères de familles se sentaient nuls. Dans la structure, on s'est dit que notre boulot, c'était de redonner un sentiment d'utilité sociale aux gens, en partant de leurs compétences...". Le réseau d'échanges de savoirs de Lisieux naît en 1987. Cette stratégie de transmission transforme le regard des habitants sur eux-mêmes et la manière d'opérer des professionnels: "désormais, on ne propose plus, on accompagne les projets portés par les usagers du centre". 

Au début des années 90, l'expérience et son évaluation font l'objet d'un ouvrage publié en partenariat avec l'université de Caen: De l’usager à l’acteur, de l’assistant au partenaire2. Une aventure qui convainc Alain d’engager les équipements de la Caf du Calvados dont il a la responsabilité dans une démarche de Développement Social Local. Dotés en 2005 d'un référentiel d'intervention commun, les 13 centres socioculturels harmonisent leurs techniques d'accompagnement des projets menés sur les quartiers. L'avenir du DSL avec le renouveau de la crise? "Il est sans fin puisque tout part des habitants".

Sébastien Poulet-Goffard

1 - Manuel de l'animateur social. 1971, Paris, 251p
2 - Réseau d’échanges de savoirs de Lisieux, 1990, De l’usager à l’acteur…de
l’assistant au partenaire, Lisieux, France, Caisse d’allocations familiales du
Calvados, 137 p.

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