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Anne Sarah Kertudo, la voix des « déniés de justice »
Anne Sarah Kertudo a ses habitudes dans ce bistrot de quartier. A peine y est-elle entrée qu’on la salue joyeusement. Quoi de plus normal, pour cette jeune femme active, co-fondatrice de l’association Droit pluriel et maman de deux enfants. A la différence près qu’elle ne voit pas ceux qui l’interpellent et qu’elle les entend uniquement grâce à l’appareil dont elle est équipée. Anne Sarah est sourde depuis l’adolescence et atteinte de cécité depuis deux ans. Des handicaps certes invisibles mais qui ont forgé son franc parlé et sa détermination.  
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Sillon Dauphinois – Une dynamique de réseau pour aider les agriculteurs en situation fragile



Mis à jour le: 30-01-2017

Contact action : >> LE GUEN Marie-Paule : consulter sa fiche

Type d'action :

  • Gouvernance, partenariats institutionnels
  • Nouvelles pratiques professionnelles
  • Participation des habitants
  • Bénévolat
  • Diagnostic partagé

Région : Rhône-Alpes

Sur le vif :
« Je suis certain que cette expérience m'a enrichi et ouvert, tout en me redonnant un élan de vie qui avait eu tendance à être alourdi par le sentiment d'échec et d'impuissance. Sentiment que j'ai d'ailleurs laissé en chemin. Finalement, n'était-ce pas ça le plus important ? » Un agriculteur.

Porteur(s) de l'action :
Mutualité Sociale Agricole Alpes du Nord et Chambre d’Agriculture de l’Isère

Objectif(s) et bref descriptif :
Afin d’offrir des réponses adaptées à des exploitants agricoles en difficulté économique et sociale, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) Alpes du Nord et la Chambre d’Agriculture de l’Isère mettent leurs compétences à la disposition des agriculteurs qui s’en saisissent en complément de leurs propres ressources mais aussi de celles qu’ils tiennent de leur environnement familial, amical et professionnel. Concrètement, les professionnels des deux organismes ont suivi une formation qui leur permet d’adopter une posture de co-construction avec la personne accompagnée, en se fondant sur son réseau personnel et sur un réseau de partenaires du monde économique et social.

 

Origine(s) :
En 2003, la France fait face à un épisode de sécheresse très ravageur pour les exploitations agricoles. L’Isère est particulièrement touchée et tout le département est rapidement reconnu en « calamité sécheresse ». En réponse à cette situation d’urgence, l’Etat met en place un « RMI agricole – dispositif sécheresse », qui vise à soutenir temporairement les agriculteurs en difficulté. Il faut souligner que l’année 2003 avait été particulièrement dévastatrice pour les agriculteurs isérois, qui avaient essuyé de violentes tempêtes de grêle au mois d’avril. Face à la souffrance de nombreux exploitants, la MSA met en place une ligne téléphonique, de manière à leur offrir une écoute attentive, dans un milieu où l’expression des difficultés est culturellement circonscrite à la sphère privée. Contre toute attente, cette ligne est un succès et reçoit près de 1 000 appels en un mois et demi. Une partie des agriculteurs qui prennent contact avec la MSA sont ainsi orientés vers le dispositif de RMI agricole, dont l’attribution est assurée par une commission hebdomadaire réunissant la chambre d’agriculture, l’Etat, le Conseil général de l’Isère et la MSA. Le RMI agricole est alors attribué pour une année, de date à date. Conscients de la précarité de certains agriculteurs, les partenaires de la commission confient à la MSA le soin de suivre les sortants du dispositif. Au final, il apparaît que la moitié des personnes ayant bénéficié de la mesure avait des revenus inférieurs aux minima sociaux à sa sortie. En croisant ces statistiques avec celles du centre de gestion comptable, il ressort que 400 exploitants sont en situation fragile sur le territoire isérois. Sur la base de ce constat, les quatre partenaires présents dans les commissions d’attribution du RMI agricole se réunissent pour monter un projet visant à accompagner ces agriculteurs en difficulté structurelle.

Description détaillée :

Une volonté d’accompagner autrement
Animés par la volonté de venir en aide aux agriculteurs en situation fragile dans une logique de prévention, sans pour autant s’ingérer dans les choix des personnes, les partenaires cherchent une méthode d’intervention respectueuse du parcours et de l’autonomie des individus. C’est ainsi qu’ils découvrent l’approche en réseau, telle qu’elle est déjà pratiquée au Québec, en Italie, en Belgique ou encore en Suisse. Cette approche implique un changement de posture, puisqu’il s’agit de considérer l’usager en tant qu’acteur, en prise à des difficultés mais également doué de ressources. Dès lors, le travail social consiste à accompagner les personnes dans leurs choix, dans le cadre d’une construction de parcours qu’elles construisent à leur rythme, en mobilisant leur réseau primaire (famille, amis, voisins, entourage professionnel etc) et secondaire (institutions). Convaincus par cette méthode, les quatre partenaires engagent une formation commune et montent un groupe d’appui méthodologique qui se réunit trois à quatre fois par an, mettant en relation les conseillers d’entreprise de la chambre d’agriculture et les assistants sociaux de la MSA. Suite à ces prémisses, un programme dédié aux agriculteurs fragiles est officiellement créé, sous le nom de « sillon dauphinois », en référence au territoire.

Le réseau : un levier fondamental
Le sillon dauphinois s’adresse aux agriculteurs bénéficiaires du RSA mais est également ouvert à tout agriculteur qui en ressentirait le besoin. En effet, la notion de volontariat est déterminante, puisqu’il s’agit d’accompagner les personnes dans la construction d’un parcours choisi. L’accompagnement débute alors par une analyse de la problématique tant sur le plan social qu’économique, co-construite par le professionnel et par l’agriculteur. Ce temps d’analyse permet à l’agriculteur de s’appuyer sur l’expertise des conseillers d’entreprises, des conseillers spécialisés et des juristes de la chambre d’agriculture, ainsi que sur celle des travailleurs sociaux de la MSA. Un contrat d’engagement est signé, ce qui permet d’identifier un coordonnateur, qui peut être un travailleur social de la MSA ou un conseiller d’entreprise de la chambre d’agriculture. Suite à ce premier travail et dès lors que la personne se sent prête, le professionnel propose à l’agriculteur de l’aider à cartographier son réseau primaire et secondaire et à le qualifier (les relations sont-elles de proximité ? distantes ? etc). C’est sur cette base que l’agriculteur peut éventuellement décider de l’organisation d’une réunion à son domicile, à laquelle il convie les personnes identifiées dans le cadre du travail préalablement mené sur son réseau. Lors de cette réunion et après avoir posé les règles de confidentialité et de bienveillance qui y prévalent, l’agriculteur expose lui-même sa situation et les pistes qu’il entrevoit. Chaque invité peut ensuite rebondir sur ce propos liminaire et indiquer, le cas échéant, dans quelle mesure il peut apporter son aide. Il s’agit donc de repérer des éléments de solutions et de les mettre en musique, de manière à les inscrire dans le cadre d’un plan d’action global, choisi par l’agriculteur. Le réseau secondaire (les institutions) est sollicité dans un second temps, pour pallier les champs qui n’ont pu être couverts par le réseau primaire : conseil juridique sur le foncier et le patrimoine, soutien psychologique ou encore conseil budgétaire par exemple. D’autres réunions peuvent ensuite être organisées par l’agriculteur s’il juge que sa situation le nécessite. Le travail de qualification du réseau, nécessairement évolutif, est par ailleurs permanent. D’autres dispositifs sont susceptibles d’être mobilisés, en fonction de la situation de chaque famille. Par exemple, l’action « partir pour rebondir » permet de soutenir le départ en vacances, avec une prise en charge qui peut atteindre 80% du coût du projet. Un conseil psychologique ou budgétaire peut également être proposé aux personnes qui en ressentent le besoin, en recourant à un prestataire externe.

Conjuguer accompagnement individuel et approches collectives
En complément, la MSA propose aux personnes qui le souhaitent de participer à des temps d’échange collectifs avec d’autres agriculteurs en difficulté, à raison d’une fois par mois et pour une durée de cinq à six mois. Cette action complémentaire vise à rompre l’isolement et à lutter contre le sentiment d’échec ressenti par de nombreux agriculteurs.
Une action spécifiquement tournée vers les femmes est développée en 2015. Composé d’une quinzaine d’agricultrices, d’épouses d’agriculteurs et d’étudiantes, ce groupe évoque la place des femmes en agriculture et l’articulation entre les vies familiale et professionnelle. Cette action débouche sur une exposition de photographies qui est présentée en même temps que la pièce de théâtre « Femmes de ferme » qui réunit 500 personnes le 27 novembre 2015. Sur un autre territoire, la représentation d’une pièce de théâtre en octobre 2015 permet de réunir 140 spectateurs et d’amorcer un nouveau travail collectif.
Enfin, une formation « Coup de pouce », réalisée au dernier trimestre 2015, permet à dix agriculteurs de participer à dix séances de familiarisation avec l’outil informatique mais aussi de mieux se connaître et de créer une dynamique d’entraide.

Un partenariat large et dynamique
Au-delà de l’importante dimension de formation visant à faire évoluer les postures du travail social, cette démarche nécessite un travail permanent de développement et de mobilisation du partenariat local et national. Au niveau national, la plateforme téléphonique « Agri’écoute » est ainsi à la disposition des personnes relevant du régime de la MSA et qui sont en état de « crise suicidaire ». Le risque suicidaire est en effet une préoccupation importante, sur laquelle la MSA a engagé une réflexion avec la médecine du travail dès 2011. En 2015, 23 situations sont détectées et suivies en Isère,
Dans une logique plus globale de prévention, c’est aussi tout le monde agricole local et les acteurs adjacents qui ont été sensibilisés au sillon dauphinois. Ainsi les contrôleurs laitiers ou même les banquiers, sont aujourd’hui en situation d’orienter les agriculteurs qui leur font part de difficultés et peuvent même leur proposer de prendre directement contact avec le sillon dauphinois, pour qu’un professionnel puisse proposer un premier rendez-vous. Des démarches de sensibilisation sont régulièrement effectuées, à travers l’envoi de plaquettes d’information ou encore par des rencontres directes. Aussi, ce réseau de partenaires est à l’origine de 69 sur 83 situations détectées en 2015.
Au final, l’accompagnement peut aboutir au maintien ou au développement de l’exploitation, de manière à restructurer la production. Il arrive également que soit opéré le choix du maintien de l’exploitation avec la recherche d’un revenu complémentaire. Une partie des accompagnements fait suite à des problèmes de santé et vise donc à mettre en place les adaptations nécessaires à cette nouvelle situation. Enfin, un certain nombre d’accompagnements débouchent sur une réorientation professionnelle, une cessation d’activité, la mise en route d’une formation qualifiante et d’une meilleure organisation du budget privé. Aussi, à travers ces résultats, c’est l’attachement des agriculteurs à leur métier et à leur exploitation qui ressort, ce qui confirme la nécessité de construire un accompagnement adapté, respectueux des choix des personnes et permettant d’appréhender de manière globale des situations complexes qui dépassent le seul champ social.

Impact(s) :
- En 2015, 83 nouvelles situations de fragilité ont été détectées et 365 personnes ont accompagnées, représentant 332 exploitations
- Prise en compte globale de situations complexes dans le cadre d’un accompagnement partenarial large
- Détection de nouveaux publics dans une perspective de prévention
- Changement de posture des professionnels impliqués dans la démarche : passer du « faire pour » au « faire avec », en mobilisant les ressources des personnes

Partenaire(s) :

Partenaires fondateurs :
MSA Alpes du Nord
Chambre d’Agriculture de l’Isère
Direction Départementale des Territoires
Conseil départemental de l’Isère

Partenaires du réseau secondaire :
Acteurs économiques locaux : banquiers, contrôleurs laitiers, comptables, inséminateurs,
Acteurs de la santé : médecins traitants , médecin du travail de la MSA
Acteurs associatifs : Ecout’Agri , secours populaire, secours catholique,…

Moyens :

Financiers :
412 839 € en 2014 (Financeurs : Fonds Social Européen:, Conseil Départemental de l’Isère , Mutualité Sociale Agricole Alpes du Nord ,,Chambre d’agriculture de l’Isère).

Humains :
En 2015 : 590 jours pour le service social de la MSA ADN + 370 jours pour le service conseil d’entreprise de la chambre d’agriculture.Isère
Il faut ajouter à cela les 34 prestations ( psychologues, CESF)confiées à des prestataires externes et les moyens engagés pour la préparation et l’animation de 3 actions collectives.

*Mention légale :
Le contenu de cette fiche relève de la seule responsabilité de l'Agence Apriles et ne peut en aucun cas être considéré comme reflètant la position des partenaires soutenant le projet Apriles.
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