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Monique Fournier Laurent - « S’investir auprès des jeunes, c’est rester jeune ! »
Monique Fournier Laurent est la preuve que la retraite porte bien mal son nom. Depuis 10 ans, cette habitante de Creil ne cesse de militer pour une citoyenneté active au service de la collectivité. Des convictions dont elle s’est fait l’écho dans plusieurs ouvrages et qui motive son engagement auprès des jeunes, au sein du collectif GR21 et son implication dans sa ville. 
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Quelle place pour les âgés ?
Comment promouvoir la participation sociale des personnes âgées ? C’est à cette question que s’efforce de répondre le dernier numéro de la revue de "Santé Publique France, La santé en action". Alors que l’on compte aujourd’hui en France 13 millions de personnes âgées de 65 ans, la publication lui consacre un dossier de 37 pages, auquel a contribué une vingtaine d’experts (médecins, sociologues, universitaires…). Cette approche transversale permet de préciser les définitions, définir les enjeux, dessiner des pistes d’actions, s’inspirer de nos voisins étrangers… L’occasion d’évoquer des sujets qui tiennent à cœur à Apriles, comme l’engagement bénévole des séniors ou encore leur participation à l’élaboration des politiques locales.
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Marie Françoise Fuchs, une vieillesse pleine d’avenir Convertir en PDF Version imprimable Bookmark and Share Votre email
A 85 ans, Marie-Françoise Fuchs n’a rien de la mamie gâteau et encore moins de la mamie gâteuse. Cheveux coupés courts, silhouette impeccable en pantalon, col roulé, elle vous accueille avec une tasse de thé et cette aisance toute naturelle des gens bien né. Dans son bureau, donnant sur la cour d’un immeuble ancien face au Louvre, les livres ont pris le pouvoir, allant jusqu’à investir le canapé. Il est vrai que cette petite femme aux faux airs de Françoise Giroud, n’est pas du genre à s’alanguir. Il y a 10 ans, à l’âge ou d’autres ressassent leurs souvenirs, elle a créé l’association Old’Up, dont elle vient de céder la présidence au Professeur Philippe Gutton. « Avec Old’Up, les vieux debout revendiquent d’être une richesse et de se sentir utiles à notre société. J’ai mis toutes mes forces à faire remonter leur parole, comme je l’ai fait avant pour les femmes et les grands parents ».

Car la parole, c’est le domaine de Marie-Françoise Fuchs, tombée toute jeune dans la psychanalyse, comme d’autres dans la potion magique. Née en 1932 à Paris, elle grandit dans une famille aisée issue d’un véritable melting pot : « Mes quatre grands-parents étaient des migrants, Italiens du côtés de mon père et un mélange de Russes, Martiniquais, Ecossais, Espagnols, Juifs allemands du côté de ma mère. Ils m’ont transmis des valeurs cosmopolites d’ouverture d’esprit et de tolérance, et une admiration sans borne pour la culture française et la pensée des Lumières ». Malgré la guerre, la petite fille connait une enfance protégée, auprès de ses frères et sœurs plus jeunes et de parents ouverts aux mouvements des idées et aux évolutions du monde. Mais la famille vit aussi un drame: « Mon frère cadet était gravement malade. Il dormait dans la même chambre que moi et j’ai été témoin de son agonie. Pendant les années qui ont suivi, je réveillais mes parents toutes les nuits, persuadée que la maison brûlait et que nous allions tous périr. Ils ont fini par m’emmener voir le voisin du dessus, qui était psychanalyste. Quelques années plus tard, à 18 ans, je débutais une analyse avec Françoise Dolto ».



La rencontre est décisive. « Françoise Dolto a beaucoup compté pour moi. Non seulement elle m’a permis de me délivrer du traumatisme du décès de mon jeune frère, mais elle m’a donné envie d’aller plus loin, de chercher des réponses aux questions qui se font jour tout au long de la vie». A 26 ans, c’est une jeune épouse bientôt mère de trois garçons qui, encouragée par son mari, reprend des études de médecine abandonnées six ans plus tôt. Pour se spécialiser naturellement en psychiatrie et s’orienter vers la psychanalyse. Dans la foulée, elle suit une formation à l’IFEP (Association Insertion Formation Éducation Prévention), en travail social. Sensible aux recherches sur le travail de groupe, elle s’ouvre aux méthodes de thérapie familiale, de psychodrame, tout en intégrant en 1969 l’Ecole des parents, une association fondée 40 ans plus tôt pour les accompagner dans l’exercice quotidien de leur parentalité. « Cette période, jusqu’en 1981 et mon départ de l’association, a été formidable, extrêmement formatrice. Avec Monique Pelletier à la tête de l’association, nous avons vécu la loi Veil, la libération de la parole, cette révolution des femmes et des mœurs. J’y ai contribué à ma façon, en accompagnant celles qui venaient se former. Avec certaines, nous sommes restées très liées».

Mais déjà une autre révolution s’annonce, celle de l’âge, alors qu’elle découvre les joies d’être grand-mère. « J’ai été très émue par la naissance de mes onze petits-enfants. A la différence des parents, le grand parent a une plus grande liberté dans sa relation avec l’enfant. La parole circule plus facilement car on n’est pas là pour sanctionner. Il y a vraiment un lien particulier qui se tisse, tout en restant attentif à ne pas être dans l’antagonisme avec les parents ». De son expérience de jeune grand-mère, et de son constat que rien n’existe alors pour comprendre le rôle joué par les grands-parents et les accompagner, nait en 1985 l’Ecole des Grands Parents : « Nous l’avions conçu comme une plate-forme d’échanges et de réflexion. Mais immédiatement nous avons été submergés par des appels de grands-parents privés de leurs petits-enfants ». Un nouveau défi s’engage alors que la sexagénaire relève pendant 10 ans avec cette passion bienveillante et ce dynamisme qui la caractérisent.

« Il a fallu que je tombe moi-même malade, pour me rendre compte que j’étais entrée dans un autre âge de ma vie, qu’autre chose se jouait. A partir de 75ans, on perd progressivement ses réseaux, des proches disparaissent, les petits-enfants se font moins présents. On découvre chaque jour de nouvelles impuissances. Et pourtant, avec l’allongement de la vie, c’est un avenir qui s’ouvre auquel il faut donner du sens et de l’utilité ». L’idée d’Old Up germe alors, une association de vieux, par les vieux, pour les vieux, qui compte aujourd’hui quelques 300 adhérents. « Ce sont des groupes de paroles, des ateliers d’apprentissage numérique, des actions citoyennes, tout ce qui fait de nous un sujet en chemin et non pas un objet à distraire. Je n’ai jamais rencontré autant de gens passionnants. Ensemble, à 80, 90 ans nous découvrons encore l’étendue des possibles ! »
Aujourd’hui, en tant que Présidente d’honneur elle s’est déjà lancée dans de nouveaux projets : « Demain les nonagénaires seront de plus en plus nombreux. C’est encore un autre âge avec ses atouts et ses difficultés qu’il nous faut comprendre. Il y a aussi l’enjeu du numérique et les promesses des liens formidables à développer entre des ados et des très vieux hors du cadre familial, à l’exemple de ce que fait Ensemble 2 générations avec la colocation. Et puis, au sein de la Fondation de France où je siège à la commission personnes âgées, j’essaie d’encourager les initiatives qui luttent qui promeuvent le respect de la liberté individuelle en EHPAD. L’enfermement, ça rend fou ! ».

De quoi, pour celle qui reste avant tout une militante du respect de la personne et de ses besoins, « courir lentement » vers une nouvelle décennie !
 
 
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