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Monique Fournier Laurent - « S’investir auprès des jeunes, c’est rester jeune ! »
Monique Fournier Laurent est la preuve que la retraite porte bien mal son nom. Depuis 10 ans, cette habitante de Creil ne cesse de militer pour une citoyenneté active au service de la collectivité. Des convictions dont elle s’est fait l’écho dans plusieurs ouvrages et qui motive son engagement auprès des jeunes, au sein du collectif GR21 et son implication dans sa ville. 
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Quelle place pour les âgés ?
Comment promouvoir la participation sociale des personnes âgées ? C’est à cette question que s’efforce de répondre le dernier numéro de la revue de "Santé Publique France, La santé en action". Alors que l’on compte aujourd’hui en France 13 millions de personnes âgées de 65 ans, la publication lui consacre un dossier de 37 pages, auquel a contribué une vingtaine d’experts (médecins, sociologues, universitaires…). Cette approche transversale permet de préciser les définitions, définir les enjeux, dessiner des pistes d’actions, s’inspirer de nos voisins étrangers… L’occasion d’évoquer des sujets qui tiennent à cœur à Apriles, comme l’engagement bénévole des séniors ou encore leur participation à l’élaboration des politiques locales.
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Agathe-Martine Cotto : « faire dialoguer des publics différents, pour les aider à se comprendre » Convertir en PDF Version imprimable Bookmark and Share Votre email
Pendant 50 ans, Agathe-Martine et Henri Cotto ont fait rimer culture et lien social. Lui, chanteur lyrique au conservatoire de Marseille, a dédié sa vie à promouvoir l’Opéra auprès du grand public. Elle, issue du monde du théâtre, écrit des contes pour les enfants hospitalisés dans le cadre de son association « Le Conte en scène ». En 2015, Agathe-Martine Cotto et son association donnent vie au projet ambitieux de son mari, Henri Cotto, décédé l’année précédente : créer et mettre en scène un Opéra avec et pour les habitants de la Ville d’Aubagne afin de désacraliser l’art lyrique et de rassembler habitants et professionnels de la culture autour d’un projet commun.  


Apriles : Depuis des années à Aubagne, vous tentez de rapprocher de la culture les populations qui en sont le plus éloignées. Expliquez-nous.
Agathe-Martine Cotto : Depuis toujours, mon mari et moi avons travaillé à créer du lien social autour de la culture, en particulier de la musique et du théâtre. Durant toutes ces années nous avons œuvré à démocratiser la musique classique, la littérature et l’histoire trop souvent cantonnées à une élite. Aubagne est historiquement une commune très ouvrière où la culture avait peu de prise sur une population touchée par des difficultés professionnelles et familiales. Henri était lui même issu d’un milieu défavorisé qui s’intéressait peu à la culture et ne comprenait pas qu’elle permet de s’élever. 50 ans après, beaucoup de personnes pensent encore que la musique classique n’est pas faite pour eux. Nous voulions casser cette idée. Nous voulions que des gens qui n’ont jamais chanté, jamais joué au théâtre, sautent le pas. C’était notre crédo.

Apriles : Vous avez donc décidé de monter un opéra avec les habitants…
A-M. C. :
Avant de mourir, mon mari avait préparé une transcription de l’opéra Mireille qu’il voulait mettre en scène avec la participation des habitants d’Aubagne. L’idée était d’adapter cet opéra difficile pour le rendre accessible à tous, avec la volonté de faire connaître l’art lyrique au plus grand nombre. Nous avons donc réduit sa durée et avons fait une version, non seulement chantée, mais aussi dansée, mise en images et contée par de jeunes conteurs. Après sa mort, avec les bénévoles de l’association « Le Conte en scène », dont je suis présidente, nous avons décidé de poursuivre ce projet ambitieux : un opéra par les Aubagnais et pour les Aubagnais.
Le résultat a été au-delà de nos attentes. 174 personnes ont répondu présentes pour contribuer à ce projet: c’était une vraie ruche ! Avant la représentation, sur le parvis devant la salle de concert, des groupes folkloriques aubagnais ont présenté un spectacle autour des thématiques abordées par l’opéra Mireille : deux compagnies provençales ont monté des mas de cocagnes pour faire la danse des rubans, les chevaux d’une manade de la région ont donné une prestation, puis des dizaines d’habitants, âgés de 5 à 82 ans ont présenté des danses régionales. Au total, ils étaient près d’une centaine à participer à ce pré-spectacle qui s’est conclu par un cortège de musiciens accompagnant les spectateurs dans la salle.
Ensuite, l’Opéra a réuni 46 choristes amateurs, 10 solistes professionnels et amateurs, 30 musiciens professionnels pour la moitié et amateurs pour le reste, ainsi que deux danseurs classique.
Le projet a ainsi rassemblé quatre générations d’Aubagnais, amateurs et professionnels. Et l’échange a été exceptionnel.

Apriles : Comment avez-vous réussi à mobiliser autant de monde autour de ce projet et notamment des personnes peu intéressées au départ par l’opéra ?
A-M. C. : 
Nous avons été beaucoup soutenus. Par notre entourage d’abord, puisque les amis de l’opéra de mon mari, danseurs, chanteurs et musiciens, se sont mobilisés pour accompagner bénévolement les non professionnels. L’action a également compté avec le soutien de la Ville d’Aubagne qui nous a prêté une salle et de la fondation SNCF qui soutient les projets intergénérationnels.
Pour mobiliser les habitants, je me suis appuyée sur le réseau que nous avons bâti avec mon mari depuis 50 ans. J’ai donc fait appel aux nombreuses associations culturelles et sportives d’Aubagne qui ont répondu aux trois quarts présent. Par ce biais, j’ai pu rencontrer de nombreux Aubagnais de tous âges et de tous milieux sociaux pour leur proposer de participer à cette aventure en étant chanteurs, danseurs, musiciens ou simples spectateurs. Bien sûr, tous n’ont pas adhéré au premier coup. Ça n’a pas été facile au départ car nombre d’entre eux étaient dubitatifs. Il a fallu leur expliquer à travers des réunions d’information en présence des chanteurs de l’opéra. Ils ont pu parler ensemble, nous leur avons présenté des vidéos, leur avons expliqué pourquoi le choix de Mireille. Au final, il y a eu un tel élan que même six mois après, j’en ai encore les larmes aux yeux.

Apriles : Cette mobilisation s’est d’ailleurs faite dans un souci d’y introduire une forte dimension intergénérationnelle…
A-M. C. : 
En effet. Nous avons toujours eu à cœur de faire se rencontrer et dialoguer des publics différents, pour les aider à se comprendre. Il en va de même pour les différentes générations. Pour Mireille, nous sommes donc allés dans les collèges et lycées pour expliquer le spectacle aux jeunes. Nous avons dialogué avec les enfants autour de cette histoire d’un père riche qui veut marier sa fille. Nous voulions que le thème leur parle, qu’il face résonnance. Je pense que ça a marché : au total, 75 jeunes ont participé au spectacle, en plus des 40 enfants qui ont chanté l’hymne provençal. Par ailleurs, nous avons fait appel aux élèves de l’école de l’image d’Aubagne qui ont travaillé sur un grand mur d’image qui était en fond de scène.
Pour mobiliser les populations plus âgées, nous nous sommes appuyés sur les maisons de quartier, qui proposent des activités aux retraités à partir de 55 ans. J’ai pris mon bâton de pèlerin pour aller leur expliquer le projet. Cela a amené nombre d’être eux à participer au spectacle ou à venir le voir.

Apriles : Professionnels et amateurs ont donc travaillé ensemble pour construire le spectacle ?
A-M. C. : Ça a été une aventure extraordinaire et très motivante. Un spectacle qui se prépare normalement en neuf mois a été monté en trois mois et demi par des gens qui ne connaissaient ni la musique ni l’opéra, encadrés par des professionnels de renom. Les choristes amateurs ont été accompagnés par les chanteurs lyriques de l’opéra de Marseille, tandis que des musiciens professionnels ont encadré les musiciens amateurs. Les répétitions avaient lieu dans mon petit jardin ou dans mon appartement, les réunions d’ensemble dans une salle prêtée par la mairie d’Aubagne. Nous travaillons tous ensemble et partagions nos repas. C’était vraiment incroyable et très convivial.

Apriles : Qu’est ce que cela a apporté aux uns et aux autres ?
A-M. C. : Des personnes qui n’imaginaient pas pouvoir un jour se produire sur scène pour un opéra ont présenté un spectacle fabuleux. C’était une représentation digne de professionnels. Personne n’aurait pu dire que, quatre mois auparavant, ces personnes n’avaient jamais posé un pied sur scène.
Quant aux artistes, ils on été ravis de pouvoir travailler avec des publics qu’ils ne rencontrent normalement pas et de pouvoir leur faire aimer leur travail et les accompagner dans la mise en place d’un projet artistique.

Apriles : Et à vous, que vous a apporté cette expérience ?
A-M. C. : 
C’est une grande joie et un vrai succès. 500 personnes sont venues voir le spectacle. Parmi elles, il y avait toutes les couches de population. Il y avait ceux qui connaissent l’opéra et voulaient voir ce qu’on avait fait de « leur » Mireille. Puis ceux qui n’y connaissaient pas grand chose et qui étaient réticents au départ, mais qui après le spectacle ont fini par trouver que l’opéra c’était finalement accessible. On a donc fait la preuve, une fois de plus, qu’on peut amener vers l’opéra des publics qui en sont éloignés. Certains d’entre eux sont même venus nous voir plus tard pour nous demander quels opéras nous leur conseillons d’aller voir. Pour moi c’était une victoire. Nous avions réussi à leur donner envie.

Apriles : L’aventure « Mireille » va-t-elle avoir un prolongement ?
A-M. C. : 
Oui, ce qui me motive c’est de pouvoir faire participer le maximum de personnes, de tout âge et tout milieu social, autour de quelque chose « d’intelligent » et qui concerne notre Provence. C’est le sens de notre prochain projet : pendant une semaine, nous allons faire revivre Aubagne à l’époque de la renaissance. Pendant 14 mois, 200 personnes, habitants d’Aubagne et professionnels, vont travailler sur ce thème. Il s’agira par le spectacle de théâtre et de musiques anciennes de faire connaître cette partie de l’histoire d’Aubagne à ces habitants. Toutes les associations, les écoles, les lycées, les maisons de quartiers, etc, vont également être mobilisées. Il y aura des danseurs, des musiciens, des chanteurs, les associations de cape et d’épée… Pour un grand spectacle par les Aubagnais, pour les Aubagnais où l’on va mêler culture et faits historiques.





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La Source : l'art au service de l'action éducative et sociale

 

 
Propos recueillis par Ségolène Dary et Joachim Reynard 
 
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