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Marie Françoise Fuchs, une vieillesse pleine d’avenir
A 85 ans, Marie-Françoise Fuchs n’a rien de la mamie gâteau et encore moins de la mamie gâteuse. Cheveux coupés courts, silhouette impeccable en pantalon, col roulé, elle vous accueille avec une tasse de thé et cette aisance toute naturelle des gens bien né. Dans son bureau, donnant sur la cour d’un immeuble ancien face au Louvre, les livres ont pris le pouvoir, allant jusqu’à investir le canapé. Il est vrai que cette petite femme aux faux airs de Françoise Giroud, n’est pas du genre à s’alanguir. Il y a 10 ans, à l’âge ou d’autres ressassent leurs souvenirs, elle a créé l’association Old’Up, dont elle vient de céder la présidence au Professeur Philippe Gutton. « Avec Old’Up, les vieux debout revendiquent d’être une richesse et de se sentir utiles à notre société. J’ai mis toute mes forces à faire remonter leur parole, comme je l’ai fait avant pour les femmes et les grands parents ».

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Appel à projet Parentalité
The Human Safety Net, la fondation du Groupe Generali, consacre un programme en faveur de l’accompagnement à la parentalité de familles très défavorisées. Dans ce cadre, un appel un projet a été lancé concernant des actions d’aide aux parents dans leur rôle éducatif, de renforcement du lien parents-enfants, de prévention de la pauvreté, avec comme objectif de redonner confiance aux familles dans leur responsabilité éducative. A l’issue de cet appel à projets, un jury sélectionnera une dizaine d’actions, qui se partageront une dotation de 300 000 euros. Les dossiers de candidature sont à retourner au plus tard pour le 15 janvier.
En savoir plus thehumansafetynet.org

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Claire Héber-Suffrin « L’humain ne change pas, c’est la société qui change » Convertir en PDF Version imprimable Bookmark and Share Votre email
Claire Héber-Suffrin est institutrice et docteur en psychosociologie des groupes en éducation et formation.  En 1971, à Orly (Essonne), elle initie un nouvelle démarche appelée alors Réseau d'échanges de connaissances: Le début d’une aventure qui fera date dans l’histoire de l’éducation. Aujourd’hui, sa fibre militante est intacte. Rencontre à l’occasion de la sortie de « plaisir d’aller à l’école », son dernier ouvrage.


Apriles : Les Réseau d’échanges réciproques de savoirs…C'est quoi exactement ?

Claire Heber-Suffrin :
Un Réseau d'Échanges Réciproques de Savoirs (RERS), est une association fonctionnant à l'échelle d'une agglomération, d’une zone rurale, d’un établissement scolaire, d’une classe, ou d’une entreprise et dont les membres donnent et reçoivent des savoirs et savoir-faire. Certains sont des associations loi 1901, d’autres n’ont aucun cadre juridique formel. Il s’agit, là, d'une démarche de formation réciproque, en réseaux ouverts et sans aucune comptabilité, ni liée aux savoirs, ni liée au temps. La philosophie de cette forme d'association est proche de celle des systèmes d'échanges locaux (SEL), mais se distingue par l’absence de monnaie. Si les SEL sont une alternative économique (qui a des effets pédagogiques et sociaux), les RERS sont une alternative pédagogique (qui a aussi des effets sociaux et économiques). Dans les RERS, tous les savoirs sont jugés intéressants à priori, et ne sont pas non plus hiérarchisés. Les savoirs échangés sont les savoirs personnels. La durée de l’apprentissage n'est pas comptée, seul compte l’échange de savoirs, du transmetteur vers l’apprenant et inversement.


Apriles : Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ?

C.H-S :
Chaque personne intéressée adhère au réseau et formule dès lors une offre et une demande de savoirs. Elles sont rendues visibles sur les supports utilisées par le RERS (affichages, journal du réseau, présentation lors de rencontres, etc.). Lorsque des offres et demandes semblent correspondre, offreurs et demandeurs sont mis en lien avec la présence d'un tiers qui va faciliter cette première rencontre. Pendant la mise en relation, les offreurs commencent par écouter les demandeurs formuler leurs attentes en termes de contenu ; puis les demandeurs, à leur tour, écoutent les offreurs présenter ce qu'ils peuvent transmettre. Ils réajustent alors, si besoin, leurs offres et demandes (ils peuvent aussi constater qu'elles ne se correspondent pas et en rester là). Puis ils discutent des méthodes, des outils, et de toutes les modalités des apprentissages : lieu, jour, heure, fréquence, moments pour faire le point, etc. Lorsque les échanges ont eu lieu, la démarche est évaluée lors de rencontres avec d’autres membres afin que les participants puissent réfléchir, avec des participants d’’autres échanges, aux méthodes, aux difficultés et facilitations, etc. En général, les RERS proposent également des temps conviviaux où les participants peuvent faire connaissance, préparer un événement festif, une assemblée générale, des petits déjeuner pour faire le point, etc. Enfin, les RERS sont souvent partenaires d’autres associations. Et ils se relient entre eux par des inter-réseaux.


Apriles : Parmi toutes les valeurs qui fondent la démarche, laquelle est incontournable pour ces réseaux.

C.H-S :
C’est à priori la notion de réciprocité, envisagée sous plusieurs angles. Il y a celle des dons, chacun étant invité à donner ses savoirs et à en recevoir. Le don crée ainsi de la valeur humaine, des relations de reconnaissance réciproque. Il affirme le droit pour chacun, d'apporter sa contribution positive au Bien commun. Il y a également la réciprocité formatrice. Chacun sait qu’en préparant l’offre, le transmetteur refait le parcours de ses apprentissages, réactualise ses savoirs, les réorganise, les rationalise ; il les réinterroge ou les complète. La réciprocité des rôles est également importante : en étant apprenant puis transmetteur, chacun réinterroge sa façon de vivre et apprend à apprendre.


Apriles : Dans quelle mesure les RERS peuvent apparaître comme une réponse à la crise protéiforme que nous traversons ?

C.H-S :
A mon sens, les RERS ne constituent pas une solution à la pluralité de problèmes que connaît la société. Fondé il y a plus de 40 ans, ils n’en demeurent pas moins d’une grande actualité dans ce qu’ils mettent en jeu et dans les questions qu’ils posent : Comment faire de l’école une réussite pour tous ? Comment aider les enfants à s’extraire d’un destin social intériorisé par les parents ? Comment changer le regard de ces derniers sur eux-mêmes ? Comment montrer aux habitants des quartiers relégués qu’ils sont eux aussi riches d’intelligence et de savoir-faire ? En rentrant dans des logiques de reconnaissance réciproque, on touche à des enjeux fondamentaux du vivre-ensemble. Cela dit, de façon très empirique, lorsqu’on se retrouve dans un réseau, il est évident qu’on élargit son cercle de relations, ce qui est toujours favorable à la reprise de l’emploi.

Apriles : Institutrice, vous venez de publier un livre au sein duquel vous avez fait contribuer vos anciens élèves.

C.H-S :
Oui, l’idée des RERS a émergé à la fin des années 60 alors que j’étais en poste en région parisienne. Les réseaux et moi-même devons finalement beaucoup à mes anciens élèves. Alors, dans cet ouvrage intitulé « Plaisir d’aller à l'école : ouvrir l’école, créer des réseaux », qui porte sur les résultats obtenus grâce à la pédagogie active et notamment par le soutien mutuel entre élèves et l’ouverture sur la cité, j’ai eu envie de les solliciter. Devenus adultes, mes anciens élèves témoignent de ce qui les a marqués, de leurs convictions et des choix qu’ils ont faits. Il s’avère que si l’époque a changé, l’humain, lui, ne change pas. Dès lors, ce livre est l’occasion pour nous de donner des pistes sur l’organisation d’une école où règne le plaisir d’apprendre.


Propos recueillis par Sebastien Poulet-Goffard.


 
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