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Adieu monsieur Lenoir
René Lenoir, 1er président de l’Odas, nous a quitté samedi 16 décembre victime d’un infarctus à l’âge de 90 ans. Cet «avocat des exclus» avait participé à la création de notre observatoire en 1990 et en avait assuré la présidence jusqu’en 1992. Son regard bienveillant et ses convictions ont toujours guidé ses choix. C’est avec une immense tristesse que nous avons appris sa disparition. Par ces quelques lignes, nous souhaitions rendre hommage à cet homme pétri de convictions. 

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Où en est le DSL ?
C’est à cette question que s’efforce de répondre l’ouvrage rédigé à deux voix, française et québécoise, Les nouvelles dynamiques du développement social. Ses auteurs, Cyprien Avenel, sociologue et ancien collaborateur de l’Odas, et Denis Bourque, universitaire québécois ont construit leur réflexion autour de quatre questions : le rôle de l’Etat et la contribution des politiques sociales au développement des territoires ; l’ouverture des pratiques professionnelles du champ social à l’intervention collective ; le renforcement de la société civile et de la participation citoyenne ; l’enjeu d’une conception stratégique de la politique sociale comme instrument d’une dynamique de bien commun. Avec en bonus, un regard croisé franco-québécois.

Les nouvelles dynamiques du développement social, Cyprien Avenel, Denis Bourque, Editions Champ social, 2017
 
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Mohamed L’Houssni, re-tisseur de liens Convertir en PDF Version imprimable Bookmark and Share Votre email
« Je suis responsable de l’autre sans rien en attendre en retour, dût-il m’en coûter la vie ». Ces quelques mots du Philosophe Emmanuel Levinas sont le leitmotiv de Mohamed L’Houssni. Animateur, éducateur, étudiant, directeur d’association, son parcours est jalonné d’expériences, de formations, de réflexions et de questionnements.
Fruit de ses constants allers-retours entre théorie et pratique, reflet de sa façon d’innover, l’association Retis (Recherche, Education, Territoire, Intervention, Sociabilité) qu’il crée en Haute-Savoie en 2007, est la traduction de sa vision de la protection de l’enfance. Une structure locale d’accompagnement des enfants et de leurs parents qui combine aide et entraide, prévenance et protection. En se définissant comme «créatrice de liens sociaux», l’association dont il est le directeur demeure singulière dans le paysage français. A l’image de cette personnalité du monde de la protection de l’enfance que pourtant rien ne prédisposait à ce parcours atypique.

Né au cœur du moyen Atlas marocain Mohamed L’Houssni arrive en France à sept ans. Sa jeunesse n’est pas particulièrement militante. Ce sont le temps, les études, les rencontres et l’observation qui vont forger ses convictions et son éthique de l’engagement. Sa vocation, il ne l’a pas choisie : elle est venue le chercher à 18 ans sous les traits d’un prêtre ouvrier. « C’est vraiment le hasard. Je travaillais l’été comme animateur et ce gérant de centre aéré pensait que j’étais fait pour le travail social ». Ce job d’été, cette rencontre inattendue, seront à la base de son engagement.
Dés la rentrée il devient élève éducateur. En stage, il travaille avec des jeunes de 17 à 21 ans : la plupart sont plus âgés que lui. «J’ai assez rapidement fait le constat que les jeunes les plus en difficulté étaient encadrés par les gens les moins formés. En médecine, plus une maladie est rare, plus elle compte de spécialistes. Dans le travail social, c’est l’inverse : plus les gens rencontrent de grandes difficultés, moins les professionnels sont spécialisés ». Un constat lourd qui forge sa conviction : pour bien faire son travail, il va devoir continuer à se former.
Dés lors, théorie et pratique seront intimement liés. Une MECS1 dans le Lot-et-Garonne, une autre dans la Marne, un SAPMN2 en Franche-Comté, un CHRS3 d’Ille-et-Vilaine : des années d’expériences ponctuées d’aller retours entre fac, école et milieu professionnel. Après un diplôme d’éducateur, il suit une formation à l’approche systémique et aux thérapies familiales. Il passe ensuite un diplôme supérieur de travail social, une maîtrise de sociologie puis un DESS en ethnométhodologie, branche peu connue de la sociologie dans laquelle savoir profane et savoir savant sont placés au même niveau. En s’éloignant des formations axées sur la psychologie pour se tourner vers des formations sociologiques plus larges, il prend une décision déterminante pour son cheminement intellectuel. Objectif affiché : associer à l’approche classique des problématiques individuelles, une vision plus globale, systémique des situations. « Ces disciplines m’ont permis de trouver d’autres grilles de lecture pour comprendre, analyser les situations et proposer des réponses qui me paraissaient plus adaptées aux besoins et aux réalités vécues par les gens. On ne peut pas penser les problèmes uniquement de façon individuelle car une partie des difficultés rencontrées dépend de l’environnement. Il faut donc agir à la fois sur les individus et sur ce dernier ».
L’observation, au cours de sa formation, d’expériences appliquant cette approche va considérablement renforcer cette conviction. Quant à sa pratique, elle serait probablement tout autre sans la naissance, alors qu’il est déjà éducateur, de ses trois enfants. En effet, son nouveau statut de père influence sa réflexion et forge sa volonté de créer des structures que ses propres enfants pourraient utiliser. Une éthique qui le pousse à considérer tous les enfants qu’il accompagne comme les siens et à mettre en place des dispositifs bientraitants dans lesquels les enfants puissent être acteurs.

Des années de pratique et de formation, vont faire du jeune animateur un éducateur fervent défenseur de l’intelligence collective. Tout au long de sa carrière, il appliquera d’ailleurs l’adage africain selon lequel il faut tout un village pour éduquer un enfant. «Les premiers protecteurs sont les parents, mais ensuite, c’est l’affaire de tous. L’enfant, c’est celui de la société». Son action il l’inscrit donc dans le territoire et se donne pour ambition la mobilisation de tous (enfants, parents, citoyens et professionnels) en faveur du bien-être de l’enfant et de la famille. « L’intervention individualisée ne suffit pas, il est essentiel de collectiviser les problèmes et les difficultés rencontrées : arrimer l’aide et l’entraide ». Son crédo : créer du lien social, tisser des filets de sécurité pour les gamins qu’il accompagne. Au service de son projet, il créé l’association Retis en 2007 (voir la fiche action Apriles). Un nom qui n’est pas le fruit du hasard puisqu’il vient du latin signifiant réseau, filet. C’est aussi l’anagramme de tiers : celui qui relie.
Directeur de la structure, après vingt ans d’expérience il se considère toujours et avant tout comme éducateur. Sa méthode, c’est « la pédagogie de l’opportunité » : accepter la surprise, accepter le fait que des choses ne dépendent pas totalement de vous, oser innover avec les risques que cela comporte. « L’innovation, c’est souvent des petites choses qui sont faites au quotidien pour que ça marche mieux. En protection de l’enfance c’est répondre à des besoins cachés, parce que si on n’élargit pas notre mandat, on ne peut pas répondre à ce qui est important pour les enfants et les personnes. Innover, c’est croiser des approches distinctes, habituellement séparées, mobiliser des acteurs de secteurs différents, parce que c’est l’affaire de tous. C’est impliquer les enfants et les parents comme des experts. C’est penser l’expertise autrement : nous avons une expertise technique, ils ont une expertise expérientielle, eux seuls savent ce que c’est de vivre ce qu’ils vivent. Et puis c’est s’obliger à une prise de risque ».
Car dans le social, on travaille avant tout avec de l’humain : « en s’appuyant sur les forces et les faiblesses des bénéficiaires et sur les nôtres. Cela créé des interactions dont le résultat n’est pas prédéterminé mais va dépendre de nombreux éléments : de liens, de relations de confiance, de circonstances, de chances… Ca veut dire qu’il faut oser prendre des risques, oser s’engager ».
Mais cet engagement à un coût, « parce qu’on n’a pas une vie réglée comme les autres. On est moins présents auprès des siens. Si on ne veut pas être un petit fonctionnaire de la bientraitance, il faut donc savoir à quoi le travail d’éducateur engage : aider les autres ce n’est pas déterminer les moments où ils vont parler, les moments de crise. Ce n’est pas une routine, et c’est ça aussi qui est passionnant».

Joachim Reynard


>>Consulter la fiche Apriles sur l'association Retis


1 MECS : Maison d’enfants à caractère social.
2 SAPMN : Service d'adaptation progressive en milieu naturel.
3 CHRS : centre d’hébergement et de réinsertion sociale.



 
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